Une vallée textile
Le décollage industriel (1755 – déb. 19e siècle)
L’industrie textile a pris son essor à Sainte-Marie-aux-Mines après le déclin des mines. Vers 1755, des bourgeois de Mulhouse, Philippe Steffan, Médard Zetter, et Henri Bregentzer, gênés par des mesures de protection édictées par les échevins mulhousiens sous la pression des corporations, s’installent dans le Val de Lièpvre.

Jean-Georges Réber les rejoint rapidement et c’est sous son emprise qu’ils créent des manufactures textiles : filatures et tissages de toile de coton, lin et chanvre. Les premiers tissus à la mode tissés portent le nom de ” siamoises “. Ce sont de grossières imitations des étoffes importées à la cour du roi par l’ambassadeur du Siam.

En 1793, cette industrie prospère dans la vallée, occupant 4000 ouvriers répartis dans 21 usines. La filature artisanale au rouet, pratiquée souvent à domicile, est remplacée par des machines à filer révolutionnaires : les ” Müll Jenny “. Le premier quart du 19ème siècle voit le déclin des artisans bonnetiers, faiseurs de bas et drapiers établis, pour certains, longtemps avant l’arrivée des industriels mulhousiens. De nouveaux tissus plus fins et de meilleure qualité sont élaborés : ” guingans “, ” jaconas ” et ” cravates ” en coton filé mécaniquement.
Création et production de l’article de Sainte-Marie

Après la première guerre mondiale et une reprise des affaires, la crise économique mondiale des années 1930 à 1936 frappe de plein fouet le textile. La vallée compte 25% de chômeurs et vingt établissements ferment leurs portes. A la reprise, il reste malgré tout encore 23 usines, occupant 4.000 personnes.
Après 4 nouvelles années de guerre où les établissements tournent au ralenti, la prospérité revient. Sainte-Marie est toujours un grand centre lainier de l’hexagone dont les étoffes alimentent la haute-couture. Les tissus écossais sont toujours à la mode. Les tissages et teinturiers-apprêteurs se modernisent, les filés en matières artificielles ou synthétiques sont utilisés, les métiers à tisser s’automatisent.
Mais à partir de 1954 des mutations s’opèrent dans le métier. Les pays sous-développés, avec une main d’œuvre à bas prix attirent les investisseurs. En Afrique et en Asie se montent des usines avec un parc machine performant. Malgré leur diversification, les entreprises locales sont touchées de plein fouet et tentent de résister. En 1970, on compte encore 2.400 personnes occupées dans cette branche dans la vallée. En 2023, le dernier tissage ferme ses portes. Deux siècles et demi d’industrie textile ont ainsi contribué à la renommée de Sainte-Marie-aux-Mines, fournisseur des plus grands noms de la haute couture parisienne.
Le patrimoine textile aujourd’hui
De ce riche patrimoine industriel subsistent les vestiges de 150 fabriques, réparties sur les communes de Sainte-Marie-aux-Mines, Sainte-Croix-aux-Mines, Lièpvre et Rombach-le-Franc. Le professeur d’archéologie industrielle Pierre Fluck les a inventoriées et décrites dans le cadre du Diagnostic du patrimoine industriel du Val d’Argent (2008-2009)
Les collections textiles locales sont aujourd’hui rassemblées et conservées au sein de la tissuthèque du Val d’Argent, établie à la villa Burrus / médiathèque du Val d’Argent à Sainte-Croix-aux-Mines. Au total, près de 4 millions d’échantillons textiles de la fin du 18e siècle à nos jours y sont rassemblés et en cours d’inventaire. Elles sont accessibles aux chercheurs, designers et fabricants industriels. Découvrez un aperçu des archives textiles du Val d’Argent en contactant Clémentine Canu, chargée des collections textiles
Le salon Mode & Tissus est l’héritier de la fête du tissu créée en avril 1973, afin de faciliter les ventes textiles des industriels locaux auprès du grand public. Défilés de mode, expositions textiles, rencontres avec les créateurs, conseillers en image et vendeurs de tissus au mètre attirent près de 6000 visiteurs chaque année lors de l’édition printemps qui se tient chaque année au mois de mars à Sainte-Marie-aux-Mines.